L’effet d’hétérosis

Les graines F1…?!!! Bouuuh, beurk, pas chez moi ! Oui c’est ce que l’on entend souvent quand on est un jardinier au naturel, fervent défenseur de l’environnement, du sol, de la biodiversité. Et je vous avoue, moi le premier, les graines F1 du commerce… j’évite !

Graines F1 rime pour beaucoup avec graines génétiquement modifiées, chimie, nocivité. Et pourtant au potager, je me plais de générer des graines F1 naturellement !

Vous devez vous dire, « Mais il a perdu la tête Olivier ?! »

Je vous explique…

D’une variété pure à une variété F1

Au potager, je ne cultive que des variétés non F1. Du moins je n’achète que des variétés non F1, comme ce beau maïs Glass Gem. Des variétés que l’on appelle aussi « variétés paysannes », « variétés anciennes », ou encore « variétés de lignée pure ». Ces variétés ont la caractéristique principale d’être reproductibles sans perdre leurs caractéristiques, contrairement aux F1. On peut en garder les graines pour les ressemer l’année suivante et continuer à profiter des mêmes atouts de la variété.

Légumes autogames ou allogames

Au potager, les légumes sont soit autogames, soit allogames.
Autogame et la fécondation pourra se faire par le même individu. Je pense par exemple aux tomates. Aucun risque d’hybridation entre deux variétés au potager, ou peu de risques.

Soit les légumes sont allogames et là la fécondation résulte de fleurs différentes. La donne est toute autre ! Cela suppose que les variétés vont pouvoir se croiser et donc s’hybrider. Et si deux variétés pures s’hybrident, se croisent, qu’obtient t-on l’année suivante si on garde les graines issues de ce croisement ?! Une variété F1.

Toutes les variétés ont été un jour une variété F1. Pour qu’elles prennent le nom de variété pure, on prend les variété F2 en année N+2, F3 en année N+3… pour chaque année qui suit, en isolant chaque fois les spécimens qui ont gardé exactement les mêmes caractéristiques jusqu’à ce que la variété soit stable  et devienne une variété de lignée pure, paysanne ou ancienne.
Une mince affaire ! On laissera ce loisir aux professionnels.

Et donc, l’effet d’hétérosis dans tout cela ?!

Au potager, pour les courgettes, les concombres, les courges, qui sont des variétés allogames, le risque d’hybridation est très élevé sitôt que vous avez deux variétés différentes. Par exemple cette année au potager, j’ai les courgettes « Cocozelle » et les courgettes « Greyzini », toutes deux des variétés pures non F1.

Si ces variétés ne sont pas isolées, au petit bonheur la chance, vous pouvez avoir l’année qui suit des variétés identiques ou des variétés F1, un mix des deux variétés que vous avez au potager. Une sorte de courgette « Cocozini » !!!

L’effet d’hétérosis rentre alors en jeu ! C’est un effet bien connu qui fait que souvent la variété F1 qui va résulter de deux lignées pures va garder les bénéfices des deux variétés, va être moins sensible aux maladies, va être plus productive. On retrouve quelque part le principe des plants greffés !

Et de plus ce sera une variété unique à votre potager ! Une belle Cocozini avec un mélange de saveur des deux variétés, une belle productivité, une résistance accrue aux maladies.

Mais il y aurait pas un inconvénient à jouer avec les variétés F1 ?!

Et si hélas… Une variété F1 est très performante l’année N mais n’est pas stable en année N+1 ! Autrement dit, si l’on décide de garder les graines d’un légume F1, les résultats seront très disparates l’année suivante. Nous allons retrouver des propriétés des parents de la graine F1 dans les enfants de la graine F1. Vous suivez ?!

Différencier les F1 du commerce et les F1 du potager

Là où il faut faire la différence entre les graines F1 du commerce et celles du potager, c’est que les F1 du commerce ont souvent des parents bien peu envieux avec des gènes qui risquent de s’exprimer en F2 qui seront très peu intéressants. Oui, comme cela, encore moins envie de garder les graines des F1 et encore plus obliger de devoir racheter des graines l’année suivante.

Mais avec les F1 du potager, les parents sont souvent très bons ! La Cocozini et la Greyzini sont de belles courgettes ! Alors les F1 potentielles, mais aussi les F2, F3, des années suivantes pourront être aussi de bonne facture. Beaucoup plus probablement qu’avec des F1 du commerce.

Reprenons donc avec l’exemple de la courgette Cocozini.

Vous avez deux variétés pures « Cocozelle » et « Greyzini ». Vous récoltez les graines. L’année suivante, vous avez une variété F1. Je la mets au potager en année N+1 et cela avec à côté une autre variété pure, la courgette Jaune ronde.
La courgette « Rondo Cocozini » qui va en résulter l’année suivante sera une F2 (croisement de Cocozini F1 et de Jaune Ronde. Cette courgette, même F2, a de grandes chances d’être de bonne facture.

À vous de jouer, de tester ! Et puis au pire, vous repartirez avec de nouvelles graines l’année suivante si un hybride ne vous plait pas.

Les graines F1 du commerce peuvent cependant être une solution pour ceux qui souhaitent au potager des plants productifs, résistants. Mais attention, je vous le répète, les parents de ces graines ne sont pas intéressants. Et vu le risque de croisement avec toutes les autres variétés de votre potager, vous ne pourrez garder aucune graine de vos légumes. Par exemple, si vous implantez un plant F1 du commerce de courgette et que toutes vos autres variétés de courgettes sont des variétés pures non F1, vous ne pourrez garder aucune graine, quelque soit le plant car le plant F1 du commerce peu « contaminer » tous les autres plants.

Alors à vous de décider si vous souhaitez tenter l’effet d’hétérosis dans votre potager à partir de vos variétés de lignées pures ! Si vous voulez essayer la courgette Cocozini ?! Moi je le fais et je partirai à la découverte de nouvelles variétés l’année prochaine à côté de ma courgette Cocozini. Et en année N+2, soit je continuerai à partir à la découverte de courgettes hybridées, mais aussi je pourrai repartir de zéro en testant encore de nouvelles variétés. Elles sont si nombreuses et si diversifiées, autant découvrir la diversité que nous offre la nature et les conséquences hybrides qui peuvent en résulter.

Vous pouvez me retrouver et discuter sur le forum : Lepotagerdolivier.com

Olivier

11 réponses

  1. J’ai lu ou entendu dans une vidéo que les croisement étaient courant pour les courgettes dans les potagers. Il suffit qu’un voisin est une variété différente… Du coup il faut poser des filets anti insecte ou féconder soit même les fleurs femelles avec le pollen de ses fleurs mâles…

  2. Oui c’est ça. Personnellement ça me pèse un peu de jouer à l’apprenti sorcier pour féconder alors soit j’accepte des F1 une année N+1, soit je découvre de nouvelles variétés. Mais c’est vrai que garder les graines permet aussi de faire une petite économie et dacclimater la variété à son potager. Alors chacun ses pratiques 😊

  3. Bonjour Olivier,

    Je voulais savoir tu as une astuce pour éviter les hybridations des panais et carottes avec les souches sauvages ? J’assaye De trouver des systèmes D mais je n’en trouve pas :/
    De plus apperement la carotte a besoin d’au moins 50 géniteurs pour ne pas se détériorer génétiquement …

    Merci

    1. Non hélas je suis loin d’être expert en hybridation, non hybridation, préservation des semences…
      Je teste énormément de variétés pures via des semenciers. J’en récolte les graines pour les années n+1.
      Je repart souvent ensuite avec de nouvelles variétés. La nature nous offre tellement de diversités à tester.
      Et je crois peu (je ne sais pourquoi…) au patrimoine génétique des graines qui s’acclimateraient à une région.
      J’ai des graines d’année N qui se comportent bien mieux que d’autres d’année N+3 ou 4… Mais bon, je veux bien
      entendre toutes les versions, et de toute façon je ne fais pas l’unanimité sur ce sujet 🙂
      Bon courage pour trouver une réponse qui te convient.

    1. Merci. Les F1 sont très « décriés », plutôt à juste titre quand cela vient du commerce. Les parents du F1 sont souvent peu avantageux et on risque de les retrouver dans les générations F2, F3.
      Mais au potager, les parents sont souvent intéressants et du coup les F1 le sont souvent aussi ! Même les F2, F3…

  4. Supers explications. C’est nettement plus clair dans mon esprit maintenant. Sinon je suis comme toi, j’expérimente et je fais aussi des F1, F2. Je trouve qu’il faut essayer sans oublier que beaucoup de variétés sont arrivées comme ça.

  5. Merci pour tes explications!! on a enfin compris ! on se voyait déjà à mettre des petits sachets sur nos fleurs de courges et courgettes pour éviter l’hybridation (chose qu’on fera peut être sur certaines variétés), mais on avait peur pour les tomates! Donc c’est bon, on peut semer toutes nos variétés de tomates sans trop s’inquiéter, et récupérer les graines ouf ! je pense qu’on va faire comme toi pour se lancer; on verra par la suite si on veut jouer les apprentis sorciers ou pas 🙂 encore merci ! (ps : on a reçu les graines de ton potager, quel joli cadeau ! on était comme des enfants!) Christophe et Olivia

    1. 🙂 C’est une galère ces histoires d’hybridation ! J’ai un copain qui est chercheur en biologie des sols et il étudie le développement de champignons pour remplacer les pesticides. Je vous raconte pas les discussions passionnantes !
      Mais le côté biologie, je sature assez vite ! Je retourne vite plonger les mains dans la terre ! J’espère que les graines vous apporteront de belles récoltes. On se tient au courant.

  6. J’ai fait une butte en lasagne, et j’ai planté dedans deux plants de courges butternut, je voudrais y ajouter des plantes de melons. Est-ce qu’il y a une risque d’hybridation et je vais avoir des melons-courges ? Merci de me conseiller.

    1. Bonjour Olivier
      J’ai débuté mon jardin sur une ancienne prairie il y a maintenant 10 ans par Un labour superficielle,puis je suis passé en lasagnes
      Entre les couches de carbone et l’azote trouver sur le terrain feuille du Parc ,herbes sauvages et crottin de cheval il y a également beaucoup de fleurs tout au long de l’année et les allées sont enherbé j’accepte également toutes les herbes sauvages qui me font l’honneur et le plaisir de s’installer dans mon potager les plantes sauvages m’apporte beaucoup et j’apprends également de les ajouter dans mes menus exemple l’amarante en attendant que ses graines se développe cela ressemble beaucoup au quinoa l’achillée millefeuille les épinards sauvages et toutes les plantes qui peuvent se manger j’ai beaucoup d’abeilles de papillons de libellule d’insectes de toutes les couleurs énormément de gros lézard vert de 50 cm de long adulte une couleuvre de Montpellier verte de 2 m de long également une couleuvre de la région des crapauds enfin c’est un jardin vivant une terre aéré régulièrement par les lombrics et les vers de terre je me passe donc jamais la grelinette puisque j’ai la chance d’avoir des auxiliaires qui font le travail pour moi j’ai la chance d’avoir un torrent qui me permet d’alimenter mon potager en goutte à goutte j’ai 77 ans et je remercie la pachamama pour tout ce qu’elle m’offre chaque matin
      Merci à toi Olivier pour tous les conseils et l’amour que tu portes et diffuses autour de toi avec la connaissance des plantes des fruits et de la terre. Viviane d’Ardèche…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.